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EPISODE 14 . 3 : Faust : A PROPOS DE ...

 

FAUST 71

Cet ovni a tout du disque précurseur.
Il lance un groupe, un terme, une esthétique, une approche et même une spécificité nationale.
Tout y est neuf et aucune influence n’y est clairement identifiable. Même graphiquement, « Faust » est un objet venu d’ailleurs : vinyle blanc, emballage et pochette plastifiés transparents, lignes de notes rouge, radiographie d’une main : un design froid et épuré, presque industriel, très intellectualisé et totalement hors du temps.

Le contenu ne dément pas la première impression visuelle : Faust vient effectivement d’une autre planète.
Sa musique, à l’instar de celle de Can, mise davantage sur le « geste » créateur que sur l’élaboration de la musique elle-même.
Dit plus simplement, la manière prime sur le but.

Jailli alors aux oreilles de l’auditeur l’héritage d’un demi siècle de musique européenne.
Bruits divers, instruments détournés de leur emploi traditionnel, sons électroacoustiques, improvisations et collage de bandes.
Un joyeux foutoir que la magie du montage dompte et refaçonne.

Si la colonne vertébrale de Faust reste toujours rock (basse, batterie, guitare et voix), elle n’est qu’un support aux délires sonores les plus fantasques. Fanfare, orage, messe, récitation,crissements de métaux sont alors autant d’objets sonores qui prennent part à la fête et reconstruisent un ensemble, une unité.

Trois longs titres se taillent ici la part du lion. Trois formes libres, ouvertes, mais jamais abstraites.

Ce premier essai est un coup de maître, et Faust accède par ce seul disque, et sans le vouloir vraiment, au statut de groupe culte.
Dommage que Polydor n’ai pas vu les choses du même œil.
La maison de disque fit pression pour que le groupe amorce un tournant plus « pop » à l’avenir.

Liberté et rentabilité, une histoire vieille comme le monde. Une chose est certaine, si l’indépendance artistique de certains artistes relève plus de l’auto persuasion que d’une réalité tangible, celle de Faust elle, ne souffre aucune discussion, et ceci est suffisamment rare pour être souligné.

Et dans ce mouvement, beaucoup plus tard, seul Guru Guru , et, accessoirement Embryo dans le sens libertaire ,feront aussi bien.

 

 

SO FAR !

It’s a rainy day, sunshine girl , batterie à la frappe énergique et au rythme hypnotique qui est rejointe par une guitare acoustique précédé par quelques accords de piano, une basse qui assène ses coups avec parcimonie et insistance, les voix répétant ad libitum « It’s a rainy day…. »..

Suit un intermède de presque trois minutes joué par une guitare acoustique enrobée de quelques notes à l’orgue.Contraste saisissant avec ce qui précède.

Avec No harm on pénètre dans une œuvre ambitieuse à l’ouverture quasi symphonique vite bouleversée par quelques saillies électroniques et une suite où les accords de guitare et les cuivres construisent une architecture sonore d’où émerge un acid rock violent et vindicatif avec la voix de Peron qui vocifère ‘Daddy take a banana / Tomorrow is Sunday ». La basse y est monstrueuse, la batterie pachydermique, un quasi krauthardrock !

La face deux débute par le titre éponyme, riff de cuivres, nappes d’orgue et de synthé, rythme d’une souplesse qui contraste avec la première face du disque ; j’ose un néologisme, de l’électro-ambient, superbe.

Suit Mamie is blue dans le droit fil quasi bruitiste du premier album.

La chanson (et oui !) suivante nous remémore les quelques mélodies que Zappa et ses Mothers pouvaient parfois délivrer au détour d’un sillon. La ritournelle jouée au synthé, le sax qui construit un solo à la suite duquel une guitare (solo elle aussi) conclut l’intermède.

Picnic on a frozen river est proche d’une pièce de musique contemporaine ainsi que Me lack space construit autour de voix concassées et lardées de bruitages divers (les deux s’enchaînant et durant moins de deux minutes).

L’album se clôt sur In the spirit et sa mélodie (si si !) ainsi que ses effluves jazzy.

En résumé, un très bon album qui a le grand mérite de n'avoir pas trop vieilli.

 

THE FAUST TAPES !

Faust ou comment canaliser les ambitions de l’acid rock au sein d’un minimalisme protopunk et, paradoxalement, comment combiner restriction structurelle et liberté .
Si l’on suit la légende, Faust est l’exemple même d'un groupe, réuni par un visionnaire, Uwe Nettlebeck, au service d’une maison de disque, Polydor, qui a senti le filon exploitable de cette nouvelle scène radicale de l’Ouest de l’Allemagne.

Bon la réalité est bien plus complexe, et pour aller vite, Faust résulte en fait de la fusion de deux entités distinctes qui ont su transcender la somme de leurs talents respectifs sous la bannière d’une toute nouvelle formation, aidé en cela par les moyens mis à disposition par la production.
Et en effet, on est bien loin de la poule aux œufs d’or que devait escompter ces managers avisés de la maison allemande. Maudit comme seuls savent l’être les groupes dits cultes,
Faust ne devait pas vendre par conteneurs.

Difficile pourtant de ne pas succomber à cette bizarrerie sonore qu’est la musique de Faust tant ces collages dadaïstes, cette hétérogénéité surréaliste, semblent relever de l’incongruité la plus gratuite et la plus fascinante. Le caractère révolutionnaire du premier opus ne devait attirer qu’un succès d’estime et malgré le léger glissement vers un propos plus accessible sur le second, l’alliance périclita.
Et là ils furent sauvés par la Vierge, oui enfin, Virgin pour les intimes.

Le tout jeune label monté par l’aventureux Richard Branson, fit preuve alors d’une audace et d’une ambition comme seule jeune entreprise peut se l’autoriser.
Virgin avait mis le paquet : le disque fut proposé à seulement 49 shillings. Ceci associé à une pochette des plus op’art signée Bridgit Riley, et ce fut une
véritable opération coup de poing (rappelons que Faust signifie aussi « poing en allemand).

Mais en guise de premier effort, la formation munichoise livra le pire cadeau empoisonné : The Faust Tapes ou un album-collage divisé en vingt-six segments, un univers fait de montages inventifs qui viennent s’entrechoquer sans qu’intervienne a priori la moindre notion de logique. De quoi s’assurer qu’aucun anglais, ou presque, n’oserait poser à nouveau l’oreille sur une quelqu’autre œuvre du groupe.

Cette compilation d’inédits enregistrés entre 1971 et 1973 donnait littéralement à écouter de l’inouï, se constituant en véritable auberge espagnole, conviant surréalisme, délires bruitistes, avant-garde ésotérique et ironie pop ; un maelstrom où les bandes magnétiques endossent le rôle d’instrument à part entière. S’ensuivent donc des collages qui semblent lorgner du côté de Zappa et de ses Mothers originels ; une démarche qui n’est pas sans rappeler également celle du moustachu en solo sur Lumpy Gravy. Tâche ardue que de décrire l’insensé.

L’album semble n’être qu’une longue ballade qui bascule brutalement d’un genre à l’autre et nous fait plonger dans une esthétique chaotique qui
fait immédiatement changer d’univers, entre ambiances de fanfare, cirque pour déjantés, free jazz et tranches de rock tonitruantes.
Le tout était néanmoins façonné avec un certain génie.

Peu accessible, The Faust Tapes demeure un inclassable du krautrock et Faust assurément l’une des formations les plus douées de sa génération.
Il inaugure pour des générations une esthétique du bruit, fait de cut-up qui allait grandement influencer les groupes industriels.

FAUST IV !


Quatrième album de Faust en autant d'années... et le talent et l'inspiration n'ont manifestement pas quitté le groupe mené par Jean-Hervé Péron.

Preuve en est, Faust se paie le luxe de baptiser le premier morceau de ce nouvel opus tout simplement "Krautrock" comme si le groupe se posait délibérément en véritable instigateur de ce mouvement novateur à la créativité débordante. Et voici déjà, plus de onze minutes de guitares triturées, d'électronique poussée à l'extrême et de rythmes lancinants et hypnotiques se tailler la part du gâteau.
Faust expérimente encore et toujours, Faust s'amuse, se complaît à mélanger les styles et Faust nous régale tout simplement. Encore une fois serait-on tenter de dire.

Faust IV est irréprochable. Tant par la créativité qui s'en échappe que par la qualité de la production ou que par l'habileté dont savent faire preuve les Allemands. On retrouve ainsi toute la folie et l'inspiration effervescente caractéristiques de Faust. Certains morceaux (tous ?) expriment tout le talent du groupe à s'extirper de tout style pour finalement exposer un véritable patchwork de tout ce que la musique en général, et le rock en particulier, peut offrir. Ainsi "Picnic On A Frozen River (Deuxième Tableau)" est un titre épique voguant entre rock à la Canterbury, jazz et longue jam psychédélique apportant son lot de trips hallucinés.

Ce quatrième album est jouissif de bout en bout: de la ballade désarticulée et délurée "The Sad Skinhead" prompte aux délires de nos cinq bonshommes, aux rythmes planants en 13 temps (!) de "Psalter" (rebaptisée ici "Lauft... Heisst Das es Lauft Oder es Kommt Bald... Lauft") en passant la sublissime "Jennifer" et ce "It's A Bit Of A Pain" acoustique (même si les délires électriques et électroniques ne sont pas oubliés) clôturant ce disque avec une classe folle, tout respire la créativité et la volonté de s'orienter vers de "nouvelles choses".

Quatrième album donc, et pourtant Faust n'a peut-être jamais semblé aussi majestueux et maître de son art. Plus de trente ans désormais pour ce disque qui n'a pas pris la moindre ride, qui ne semble pas avoir vieilli le moins du monde. C'était en 1974... et la voie était enfin ouverte pour This Heat et autres Throbbing Gristle... Merci Faust !"



 

 

 

 

Écrit par Rebel Lien permanent | Commentaires (0)

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